La culture de la truffe

Les premières tentatives de culture

La première tentative de culture est décrite dans le Bulletin Historique du Périgord (Tome LXXXI) :

… voilà Jean de la Servolle, châtelain de Beaupuy (dans la Vienne), alors qu’échoit à Pierre, comme prévu, la terre de la Servolle. Les partages terminés, l’avocat regagne Paris au printemps de 1800, laissant le Docteur à Beaupuy pour veiller à ses intérêts et diriger les essais de culture qu’il semble impatient d’entreprendre 

Malgré l’aide d’un manuel acheté « au temps des assignats », les conseils de Jean de la Servolle sont assez fantaisistes et provoquent parfois le sourire

si vous avez des truffes à manger d’ici aux Jours Gras, faites conserver l’eau et les pelures de celles qu’on pèlera ; faites piocher ou, pour mieux dire, préparer une place où vous croirez qu’il peut venir des truffes et répandez-y l’eau et les pelures que vous ferez recouvrir de terre : il vient des fraises aux places où l’on a répandu l’eau qui a lavé les fraises, s’il pouvait en être de même pour les truffes, on s’épargnerait la peine d’en acheter… 

En ce qui concerne les essais de cultures de truffes, ils auraient bien pu être couronnés de succès s’ils avaient été effectivement réalisés dans les conditions énoncées, sur un sol propice et à proximité d’arbres ou arbustes habituellement associés à la truffe. Il faut néanmoins souligner le fait que c’était la première fois que l’on songeait à substituer la notion de culture à celle de cueillette et la première fois également que l’on se préoccupait de l’ensemencement préalable du milieu.

Au début du XIX° siècle, Joseph Talon peut être considéré comme un précurseur en matière de trufficulture grâce à ses semis de glands dans le Vaucluse.

Aux environs de 1834-1840, le Périgord à son tour se distingue avec les plantations de M. Chénier, instituteur à Nadaillac, M. de Malet ou de M. Buisson de Sorges.

Si nous nous reportons au milieu du XIX° siècle, le Causse Périgourdin avait alors trouvé sa vocation agricole : la culture de la vigne, ainsi qu’en témoignent les nombreux vestiges.

Et vraisemblablement, à ce moment-là, la truffe n’était qu’une production accessoire, comparable en cela aux cèpes cueillis en bordure des châtaigneraies cultivées.

On dit même que nos vignerons étaient parfois contraints de creuser des fossés le long des rangées de chênes pour protéger leurs vignes en les isolants des arbres.

A la veille du désastre, au lendemain de la guerre 1870-1871, une enquête administrative officielle estime à 110.000 ha la superficie totale plantée en vigne dans le département, soit environ 12/100 de la superficie totale, d’après Jean Louis Galet.

La vigne a joué et joue encore un rôle de premier plan dans la vie de la truffière Périgordine. Ce rôle peut être comparé à celui de la lavande dans le sud-est de la France. C’est un colonisateur admirable du sol pour la production de la truffe. A partir des années 1868 à 1872, selon les régions un redoutable parasite, le phylloxera, commençait à détruire tous les vignobles, laissant le champ libre à la colonisation du robuste et délicieux champignon qui, n’ayant plus de frein et trouvant des conditions de sol et de microclimat particulièrement favorables, occupait rapidement les vignes abandonnées.

<<Le Causse ne se relèvera jamais de cette saignée blanche à laquelle allait s’ajouter la saignée rouge de 1914-1918>>.

On constata alors que le terrain abandonné par la vigne sur le causse, convenait particulièrement bien à la truffe. Cette culture intelligemment étendue, conduisit aux récoltes culminantes du début de notre siècle (d’après Jean Louis Galet).

L’abondance relative des truffes les fit mieux connaître et apprécier et, c’est un phénomène économique bien connu, corrélativement, la demande se mit à augmenter.

En 1912, le Périgord – Quercy put ainsi commercialiser deux cent quatre-vingt tonnes de truffes, ce qui, au cours actuel représenterait un véritable pactole pour les Départements de la Dordogne et du Lot.

La terrible guerre franco-allemande de 1914-1918 devait ajouter à la triste liste des innombrables victimes une autre victime inattendue : la truffe. C’est en effet à partir de la grande guerre que le processus du déclin de la truffière Périgourdine, mais aussi de la truffière Française a commencé. Pendant une cinquantaine d’années les tonnages produits vont dégringoler de façon irréversible jusqu’à atteindre le seuil ridicule, dans les années 60 de 2 ou 3 tonnes pour la région de la Dordogne et de 70 tonnes pour la France entière. Pourquoi ce déclin brutal d’une production incontestablement rentable ? La réponse est assez complexe, car les causes en sont multiples et elles interfèrent. En outre le processus de ce déclin s’échelonne sur cinquante années.

En premier lieu, nous retiendrons le vieillissement prématuré des plantations de chênes truffiers et de leurs truffières induites, par manque d’aération et d’ensoleillement, ce qui équivaut pour elles à une inéluctable asphyxie.. Il est également probable que la terrible saignée de la guerre de 1914-1918 figure, en bonne place parmi les adversités responsables :

les hommes appelés au front pour n’en pas revenir, les femmes écrasées par des tâches au-dessus de leurs forces, obligées de parer au plus pressé en commençant par les cultures vivrières et négligent de ce fait les travaux destinés à une sinécure à l’époque, car rappelons – le, ils se faisaient manuellement, au bigot. En outre, durant cette guerre, une très grave invasion de chenilles sur trois années consécutives causait d’irrémédiables dégâts aux chênes par une défloraison quasi totale.

Le reste de l’histoire n’est qu’une longue suite de circonstances aggravantes : l’abandon progressif des petites exploitations de nos coteaux, des gelées printanières suivies d’attaques de chenilles sur la repousse, la guerre de 1939-1945 rééditant la cassure de 1914, les plantations de résineux et leur extension anarchique par l’ensemencement naturel, le colmatage du milieu par la broussaille, la mécanisation arrivant trop tard pour prendre la relève du bigot, enfin le manque d’intérêt et la négligence à l’égard de ce que l’on tendait de plus en plus à considérer comme un sous-produit très accessoire des taillis de l’exploitation.

Mais s’il fallait définir en quelques mots seulement les causes du déclin de la truffe, on pourrait affirmer sans hésiter que nos truffières sont mortes par manque de travail et aussi par ignorance des règles élémentaires en matière de trufficulture.

Dans les années 1970, un Périgordin bien connu, Sylvain Floirat a cru en la relance de la culture de la truffe et a réalisé les premières immenses plantations de plants mycorhizés, encourageant ainsi les Périgordins à suivre son exemple.

Les plantations se sont multipliées peu à peu, entrainant dans leur sillage un nouvel intérêt des scientifiques à l’égard de la truffe. Ils ont amélioré la technique de production des plants mycorhizés, et en 2010 ils ont réussi à isoler l’ADN de tuber melanosporum et de tuber indicum, prouvant par la même occasion l’existence d’une sexualité de la truffe avec production d’un organisme mâle et d’un organisme femelle.

La suite de l’Histoire est en cours de rédaction, elle s’écrit d’elle-même chaque jour dans nos truffières, en Périgord et ailleurs dans le monde.

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